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Accueil > > AYOS en bref

AYOS en bref

jeudi 3 février 2011

Ayos est un lieu incontournable de l’histoire médicale camerounaise, dont la trajectoire croise celle de la médecine coloniale allemande puis française, avant de devenir, jusqu’à aujourd’hui, un pivot du système de formation médicale et paramédicale au Cameroun.
Un peu d’histoire
L’histoire administrative de la ville D’AYOS
Crée comme District en 1924 par arrêté du 01 Février 1924 et par arrêté du 07 Mai 1946, érigé en Arrondissement en 1964 par décret N° 64/DF/220 du 20 Juin 1964.
La grande bataille contre la maladie du sommeil au Cameroun (1921-1931)
sous l’occupation allemande :
On ne sait ni quand, ni comment la maladie du sommeil fit son apparition au Cameroun. D’après les documents allemands trouvés à Ayos, et dont la traduction est due au Docteur Menetrier, c’est en 1901 qu’un officier allemand, le Capitaine Von Stein, signala pour la première fois un foyer de trypanosomiase à l’Est d’Atok, sur le Nyong supérieur. En 1910, les médecins allemands installèrent à Akonolinga, à 100 Km. environ en aval d’Atok, un premier camp de ségrégation de sommeilleux. Six mois à peine après sa création, 416 malades y étaient déjà en traitement.
Ce fait, et les investigations qui, à partir de ce moment, furent effectuées dans la région, prouvent que le fléau sévissait déjà avec une grande intensité sur les rives du Haut-Nyong. Du reste, dès cette époque, les médecins ne cessèrent d’appeler l’attention des pouvoirs publics sur la situation menaçante.
En janvier 1913, une Commission sanitaire présidée par le Docteur Kuhn, médecin référendaire, se réunit à Ayos, point intermédiaire entre Atok et Akonolinga, au confluent du Nyong et du Long-Mafog. Cette Commission étudia et mit sur pied les moyens pratiques d’organiser la lutte dans tout le Cameroun avec intensification dans le Haut-Nyong.
Le Gouverneur du territoire approuva les mesures proposées par cette commission : une circulaire du 17 mai 1913 les rendit exécutoires. La traduction des documents allemands a révélé qu’un plan de campagne avait été magistralement conçu.
Un second camp de ségrégation fut installé à Ayos. Tout le pays situé au Sud de la Sanaga fut divisé en secteurs délimitant les champs d’action des médecins. Un personnel important avait été recruté pour ce nouveau service, comprenant des médecins, des religieuses, des aides sanitaires européens et des infirmiers camerounais. De très importants crédits furent délégués : 600.000 marks en 1914 ; un million de marks prévu pour 1915, soit six millions de francs (au taux de 1929).
L’action médicale poursuivait, non pas la guérison des malades, mais leur blanchiment. Les malades les plus avancés étaient traités dans les camps installés au centre de chaque secteur ; les autres étaient soignés dans leurs villages, au cours de tournées dirigées par des aides sanitaires européens.
Parallèlement à l’action médicale, des travaux de débroussaillement, d’assainissement, de création de grosses agglomérations près des centres administratifs, se poursuivaient activement.
On ignore le nombre exact des malades qui furent dépistés et traités par les médecins allemands. Voici néanmoins quelques éléments. En 1912, le Docteur Stechele prospecta minutieusement la région de Doumé, les vallées du Long et de l’Ayong. Il put alors se rendre compte de l’étendue de l’endémie laquelle se propageait dans toutes les directions.
En 1913, le Docteur Schachtmeier fit une tournée chez les Makas du Nord, à l’ouest de Bertoua. Sur 3878 habitants visités, il trouva 844 malades, soit 22 %.
Par ailleurs, les tribus riveraines du Haut-Nyong étaient fortement contaminées : 1127 malades avaient été traités an camp d’Ayos, et la maladie tendait à gagner la région de Lomié et le bassin du Dja.
Ce sont là des indications qui démontrent que, contrairement à ce qui a été écrit, le fléau n’était pas strictement localisé sur les rives du Nyong avant la première guerre mondiale. En 1914, la maladie avait fait tache d’huile et, au moment où le conflit éclata, une lutte engagée contre elle, avec des moyens très importants, battait son plain dans le pays.
Au début de l’occupation française

La maladie fut signalée par les médecins de Yaoundé et de Doumé dès 1916.
En 1917-1918, le Docteur Jullemier visita les rives du Nyong et de la Sanaga, de même qu’une partie de la région comprise entre ces deux fleuves. Il constata que tous les villages situés sur la rive droite du Nyong, entre l’Ayong et Akonolinga, étaient contaminés ; qu’il y avait de nombreux malades dans les villages d’Akonolinga, au Sud du Nyong ; qu’à l’Ouest la région était suspecte ; que dans les bassins de l’Ayong, du Come, du Nfournou et de la Télé, situés entre le Nyong et la Sanaga, de nombreuses localités étaient infectées ; enfin, que plusieurs villages riverains de la Sanaga étaient contaminés. Une exploration rapide en 1919 confirma ces faits, et révéla que la maladie, épidémique à Akonolinga, se propageait nettement vers Yaoundé, jusqu’à 20 Km. environ de la ville sur la route d’Akonolinga à Yaoundé.
Le Docteur Jojot fut chargé d’organiser le secteur du HautNyong au début de 1920. Ce secteur groupait alors les 3 subdivisions d’Akonolinga, d’Abong-Mbang et de Doumé.
Jojot établit le centre de ses activités Ayos. En collaboration avec le Docteur Huot, il visita, en l’espace de 26 mois, la plupart des villages du secteur, examina 70.000 habitants, parmi lesquels il dépista 8.548 trypanosomés : 5.615 dans la subdivision d’Akonolinga, 841 dans celle d’Abong-Mbang et 2.092 dans celle de Doumé.
Les opérations préliminaires

LE SECTEUR DU HAUT-NYONG.

En mars 1922, le Docteur Jamot fut appelé à poursuivre la lutte commencée par le Docteur Jojot. Son adjoint était alors le Docteur de Marqueissac, médecin chef du Poste d’Ayos, et ses autres collaborateurs les Docteurs Corson, Evrard, Odend’hal et Marquand, chargé du poste de Doumé. M. Letonturier était le Directeur du Service de Santé à Yaoundé.
Jamot et ses collaborateurs entreprirent la prospection des 3 subdivisions formant le secteur du Haut-Nyong.
Voici quelle était la situation de ce secteur à cette époque-là, telle que le Docteur Jamot la présente lui-même :

"Le cours du Nyong est l’axe d’un foyer épidémique extrêmement violent. Dans les agglomérations situées au voisinage du fleuve, entre Abong-Mbang et Kolmaka, la maladie existe presque partout à l’état épidémique et dans 46 villages dont la population totale est de 20.351 habitants, nous avons recensé 14.374 trypanosomés sur 17.797 personnes visitées. Dans 59 groupements de cette région, les taux d’infection atteignent ou dépassent 40 % ; dans 36, ils sont supérieurs à 60 % et dans 11 ils varient de 80 à 97 %."

Les subdivisions d’Akonolinga, d’Abong-Mbang et de Doumé réunissaient alors un total de 125.535 habitants. Parmi eux, 112.945 furent visités, dont 33.537 reconnus contaminés, soit 29,7 %. Dans les trois subdivisions ci-dessus, la mortalité par trypanosomiase atteignait le taux moyen de 22,5 %. Pour la période d’août 1922 à septembre 1923, on avait relevé 3095 décès sur 20.290 malades, dans la seule subdivision d’Akonolinga. A Abong-Mbang, la létalité était de l’ordre de 736 sur 6.174 malades.
Enfin, dans l’ensemble des régions visitées, les médecins avaient pu constater que la trypanosomiase tuait, à elle seule, à peu près autant d’individus que toutes les autres maladies réunies, et que la mortalité générale était deux fois plus élevée que la natalité. Mais le Docteur Jamot ne tarda pas à se rendre compte que la maladie avait nettement débordé le secteur pour envahir les groupements voisins. Les taux d’infection y étaient variables, mais généralement fort élevés.
De plus, le foyer se révélait intense au Nord, au Nord-Ouest et à l’Est de Doumé. Sa progression se faisait activement sur les rives du Nyong, à l’Ouest d’Akonolinga, dans la direction de Yaoundé.
Il s’avérait donc que la notion de secteur était purement théorique et dépourvue de toute valeur objective. Le trypanosome se moquait parfaitement des frontières administratives et, courant à sa suite, le Docteur Jamot devait, comme lui, franchir les limites du secteur du Haut-Nyong, où l’on avait cru pouvoir isoler la maladie du sommeil. La seule limite compatible avec une véritable prophylaxie est celle du 0 absolu : Jamot venait de toucher du doigt cette vérité capitale. C’est ainsi qu’en 1923, au cours d’une de ses prospections, il pénétra dans la subdivision de Yaoundé où il dépista plusieurs cas de trypanosomiase jusqu’aux portes mêmes de la ville.
Or, a cette époque-là, les autorités administratives du Cameroun ne voulaient pas entendre parler de la maladie du sommeil ailleurs que dans le Haut-Nyong. Indépendamment du scepticisme qui ne régnait encore que trop chez bien des profanes, la construction du chemin de fer Eseka-Yaoundé nécessitait une main d’œuvre importante. Il ne pouvait être question de compromettre de quelque façon le recrutement, fût-ce au nom d’un péril menaçant des populations entières !
Aussi, d’avoir révélé que le mal était plus répandu qu’on ne pensait dans le pays, le Docteur Jamot venait de commettre une sorte de crime d’Etat.
Le chef de circonscription de Yaoundé le chassa de son territoire. Le Haut-lieu lui donna l’ordre formel de rejoindre Ayos et de cesser tout travail.
Enfin, un Inspecteur des affaires administratives fut envoyé pour enquêter sur les activités du Docteur Jamot...
Dégoûté et quelque peu découragé par la façon dont ses efforts étaient compris et jugés, Jamot décida alors d’aller prospecter le Nord-Cameroun oit des foyers de trypanosomiase avaient été signalés. LA PROSPECTION DANS LE NORD-CAMER0UN
C’est le Docteur Bouillez qui, en 1914, observa les premiers cas de maladie du sommeil aux environs de Fort-Archambault, et créa, en 1919, le secteur de prophylaxie du Moyen-Chari. Quelques mois plus tard, terrassé par le mal qui devait l’emporter, il dut abandonner sa tâche, que le Docteur Muraz allait reprendre ensuite.
A cette époque, la maladie était endémo-épidémique au confluent du Logone et du Chari ; elle se propageait sur les rives du grand fleuve, dans la direction du Tchad, et les populations de Logone-Birni, de Kabé, de Kousséri, de Goulféi, de Fort-Lamy étaient touchées. En ce qui concerne le Cameroun, le foyer endémo-épidémique était tout entier niché dans la subdivision administrative de Fort Foureau. En 1924-25, le Docteur Jamot entreprit la prospection de cette subdivision et l’examen systématique de la presque totalité de ses habitants.
Cette prospection lui révéla que la région contaminée formait, le long du Logone et du Chari, une bande de 10 à 20 km de large, qui envoyait une pointe sur les deux rives du Serbewel.
Au Sud, elle était inexistante sur le Logone ; à l’Ouest, elle n’atteignait nulle part la frontière de la Nigeria anglaise ; au Nord, elle touchait les rives du Lac Tchad.
Les groupements situés dans le voisinage immédiat des cours d’eau étaient, comme partout, les plus contaminés : Kousseri, Maltame, Kala-Maloué, Mara et Schaoué commençaient à être très éprouvés ; Kabé sur le Logone, a été décimé. Dans d’autres villages riverains du Chari, à Logone-Birni et Goulféi notamment, la maladie évoluait nettement vers la forme épidémique.
Dans l’ensemble de la subdivision, 29.366 habitants, répartis dans 631 groupements, ont été visités et 1948 trypanosomés ont été dépistés. Parmi ces malades, 160, soit 8 % étaient en très mauvais état.
Le dépistage des malades a été fait, comme d’habitude, sur la base du diagnostic microscopique : sang Ross, suc ganglionnaire et exceptionnellement L.C.R. (liquide céphalo-rachidien).
Le Docteur Jamot eut alors l’occasion de voir se confirmer ce qu’il avait déjà observé à Ayos avec MM. de Marqueissac et Letonturier, à savoir "qu’en prophylaxie pratique, l’examen du sang est le complément nécessaire de l’examen du sue ganglion-naire qui, limité aux seuls groupes cervicaux, laisse vraiment filtrer un trop grand nombre de malades".
En considérant la zone où la maladie était endémique, il avait trouvé que 214 villages étaient contaminés.

Ainsi, avec un plus grand nombre de prospections, s’accusait un plus grand nombre de malades. Un peu partout, le fléau prenait une allure épidémique, avec des taux d’infection impressionnants et des menaces de diffusion de plus en plus inquiétantes. Les médecins de l’Assistance médicale, qui devaient également assurer le service de prophylaxie, sont littéralement débordés par l’immensité de la tâche. Jamot regagne le sud au milieu de 1925 et trouve la situation plus grave qu’il ne l’avait prévue dès 1922. Avec le Docteur de Marqueissac, il recherche la solution à opposer au problème. Il n’y en a qu’une seule : créer un service spécial, autonome, bien équipé, exclusivement préposé a la lutte anti-sommeilleuse. L’idée d’une telle organisation était vieille déjà chez Jamot. Depuis 1923 où il l’avait suggérée, il n’avait cessé, dans ses rapports et démarches, de revenir à la charge, essayant de persuader, se faisant solliciteur, quémandeur, voire importun. Mais chaque fois il s’était heurté à des obstacles. D’une part le scepticisme des autorités administratives. "La maladie du sommeil a toujours existé, disait-on. Si elle était aussi meurtrière que le dit Jamot, tout le pays serait depuis longtemps dépeuplé" !!! Scepticisme des autorités médicales elles-mêmes : "Jamot confond le trypanosome avec le tréponème de la syphilis et du pian", disait à peu près le médecin colonel Talbot, alors directeur du service de santé à Yaoundé. D’autre part, les ressources du territoire ne semblaient pas en mesure de supporter l’effort financier nécessaire à la création d’un organisme tel que le concevait Eugène Jamot. Là-dessus, le Docteur Jamot rentre en France fin 1925. Il entreprend aussitôt une vaste campagne destinée à intéresser les personnalités du monde scientifique et médical à la question de la maladie du sommeil au Cameroun. Il a l’appui total de M. le Professeur Tanon avec qui il avait récemment collaboré et publié des travaux. De même, M. Chevalier, pour la Faculté de Pharmacie, MM. Mesnil et Roux, pour l’Institut Pasteur, l’Académie des Sciences Coloniales et le groupement Colonies Sciences l’assurent de leur sympathie agissante. Le 29 avril 1926, le Ministre des Territoires d’Outre-mer réunit une Commission comprenant notamment les personnalités ci-dessus, le Docteur Jamot et le Gouverneur Marchand, alors Commissaire de la République au Cameroun. Mandé d’urgence à Paris, M. Marchand avait emporté avec lui le rapport de son directeur du Service de Santé, lequel, nous l’avons indiqué déjà, concluait à l’inexistence de la trypanosomiase hors du secteur du Haut-Nyong. Il faut rendre grâces à M. Marchand de n’avoir tenu aucun compte de ce rapport fallacieux, et d’avoir ainsi permis la création de la mission de prophylaxie. En effet, après l’exposé du Docteur Jamot devant la Commission, le Ministre, M. Perrier, se tourna vers M. Marchand :

- La maladie du sommeil est-elle une menace pour le Cameroun, et faut-il, oui ou non, suivre le Docteur Jamot dans son plan de lutte ?
- Oui, répondit M. Marchand.

C’est ainsi qu’est née la "Mission Permanente de Prophylaxie de la Maladie du Sommeil". ORGANISATION ET FONCTIONNEMENT

PERSONNEL ET MOYENS :

La mission permanente de prophylaxie fut instituée par arrêté ministériel du 8 juillet 1926. La direction en fut confiée au médecin major Eugène Jamot. A l’origine, la mission comprenait dix médecins. Ce sont : les Docteurs Bauguion, Chambon, de Marqueissac, Lavergne, Le Rouzic, Maury, Meydieu, Monier, Montestruc et Vernon. Le chef de la mission était le onzième. Le personnel subalterne comprenait 20 assistants sanitaires et 150 infirmiers. MM. Ripaut et Charles Kaledje sont parmi les survivants de ces auxiliaires de la première heure. La mission fut dotée progressivement de moyens suffisants 3.659.628 fr en 1927 et 5.192.636 fr en 1928. En 1930, elle bénéficia d’une subvention de 3.000.000 de fr allouée par la métropole, ce qui permit de porter le personnel à 18 médecins, 36 agents sanitaires, 400 infirmiers. CENTRE D’INSTRUCTION D’AYOS :

Dès le début, le Docteur Jamot pensa que, pour obtenir de son personnel le meilleur rendement possible, il était nécessaire de lui donner une formation destinée à initier aux méthodes de lutte contre la maladie du sommeil. Dans ce but, Ayos fut transformé, fin 1926, en "Centre d’Instruction", dont la direction fut confiée au Docteur de Marqueissac. Les jeunes médecins nouvellement arrivés devaient y accomplir un stage préparatoire d’un mois, avant d’être lancés contre la trypanosomiase. Les agents sanitaires faisaient également un stage d’instruction de deux mois, et les infirmiers de trois mois. C’est ainsi que 400 infirmiers environ furent formés en l’espace de 3 ans. Ayos était aussi le centre de repos des équipes de prospection et de traitement. Après avoir accompli leur périple en brousse, les médecins, agents sanitaires et infirmiers venaient passer une quinzaine de jours au Centre d’Instruction et en profitaient, non seulement pour se reposer, mais pour se réapprovisionner en matériel et médicaments. Cela dura jusqu’à la création des secteurs de prophylaxie. LA VIE AU SEIN DE LA MISSION

Le mot d’ordre pour tous était le travail. Pour l’équipe de prospection, la journée commençait à 7 h. 30 et se terminait à 18 h., avec seulement une heure d’arrêt pour le déjeuner. L’activité du Docteur Bauguion en 3 ans offre le type de la vie du médecin prospecteur travaillant sans relâche. Le Docteur Jamot s’était établi à Yaoundé, d’où il effectuait des tournées périodiques dans les divers secteurs. Beaucoup plus que par les circulaires, c’est surtout verbalement, au cours de ses tournées, qu’il donnait des instructions à ses collaborateurs. De plus il en réunissait un certain nombre de temps en temps chez lui, et c’est au cours du repas qu’il dictait amicalement ses ordres. Et quand un jeune médecin était découragé par le métier, il le prenait pendant quelques jours à son domicile et le "redopait". Les auxiliaires européens et africains étaient de la même manière encouragés et soutenus par leur chef. Bref, tout se passait en famille et, hormis les malheureux incidents de Bafia, le rendement de ce personnel que Jamot traitait humainement et amicalement s’est révélé infiniment supérieur à tout ce qu’on peut imaginer. La Mission à l’œuvre

La mission de prophylaxie se fixa un double objectif

1° Délimiter le fléau. 2° Combattre le fléau. DÉLIMITATION DU FLÉAU

Sept équipes de prospection, dirigées par des médecins et pourvues chacune de 8 à 14 microscopes, entrèrent en campagne à la fin de 1926. Elles battirent la brousse et la forêt, sur toute l’étendue de la zone contaminée. Ainsi, à la fin de 1928, un bilan précis de la situation fut établi, et une carte complète de la maladie du sommeil dressée. La zone contaminée était circonscrite par une ligne partant de Ndikiniméki à la frontière du Gabon (au confluent du Ntem et de la Mboua) ; qui suit la frontière gabonaise jusqu’au coude de l’Aïna, puis, de ce point atteint le village d’Ouesso sur la Kadéi. D’Ouesso, elle va à Bétaré-Sakoli et au Lom, dont elle suit le cours, descendant jusqu’en face de Deng-Deng où elle fait une hernie au nord du fleuve. Cette ligne longe ensuite la Sanaga jusqu’à son confluent avec le Noun, et enfin elle unit ce dernier point à Ndikiniméki. La partie du territoire ainsi délimitée s’étend sur le bassin du Nyong, du Dja, de la Doumé, de la Kadéi et de la Sanaga. Elle se continue au nord par la savane. Nous avons vu plus haut les limites du foyer du Nord Cameroun. Dans le Centre et Sud Cameroun, la zone d’infestation comptait une population de près de 800.000 habitants, répartis sur une superficie d’environ 80.000 km2, soit une densité moyenne de 10. Du point de vue de la prophylaxie, de la maladie du sommeil, le territoire fut divisé en trois catégories de zones suivant l’intensité du fléau : épidémiques, endémo-épidémiques et endémiques.

1° Les zones épidémiques sont celles où les indices de morbidité étaient partout supérieurs à 15 %. Elles comprenaient trois foyers principaux : a) le foyer du Nyong : allant sans interruption de Yaoundé jusqu’à Lomié, et comprenant une population de 160.000 habitants recensés, dont 144.349 furent examinés. Parmi eux, 66.584 trypanosomés ont été trouvés, soit 46 en moyenne. Certains points de ce foyer, telle la subdivision d’Abong-Mbang, ont fourni 12.983 malades sur 20.409 habitants, soit les 2/3 environ de la population. Dans les tribus Djem et Bikélé de cette subdivision, les taux moyens d’infection étaient respectivement de 75 à 77 %. Ces deux tribus, qui réunissaient ensemble 11.675 habitants en 1923, n’en avaient plus que 7.003 à la fin de 1928, soit un déchet de 40 % en moins de cinq ans. b) les deux foyers de Deng-Deng-Bertoua et de Batouri : étaient moins violents que le précédent. L’un d’eux intéressait la région de Bertoua et de Deng-Deng, sur la rive gauche de la Sanaga et du Lom ; l’autre sévissait sur la Kadéi et la Doumé, au voisinage de Batouri. On y découvrit 16.127 trypanosomés sur 47.335 habitants examinés, ce qui représentait un taux moyen de 38 %. Dans l’ensemble des foyers épidémiques, la moyenne de contamination était de l’ordre de 43,2 %.

2° Les zones endémo-épidémiques correspondent à celles où les indices étaient tantôt supérieurs, tantôt inférieurs à 15 %. Elles entouraient ou séparaient les zones épidémiques et se répartissaient en plusieurs foyers : a) Foyer de Doumé, où l’on dépista 4.677 malades sur 33.723 habitants, soit un taux de 13,8 %. b) Foyer de Nanga-Eboko : Cette subdivision touche les foyers d’Akonolinga et de Deng-Deng, lesquels l’ont éprouvée chacun de son côté. Dans l’ensemble de ce foyer, on avait découvert 5.015 malades sur 32.292 habitants visités, soit 15,5 %. c) Foyer des Manguissas et des Etons voisins de la Sanaga : Ce foyer avait révélé un taux moyen de contamination de 6 à 26 %. d) Foyer de Bafia : La maladie sévissait depuis plusieurs années déjà dans les tribus Lémandé, Yambassa et Bafia. Ce foyer était au contact du précédent. Les taux y étaient également très variables, tantôt bas, tantôt effroyablement élevés. C’est ainsi que dans un seul village on avait pu découvrir 64 % de malades. e) Foyer de Sangmélima : Vaste subdivision qui renfermait alors plusieurs petits foyers disséminés sur les diverses pistes qui rayonnent du chef-lieu dans toutes les directions. La plupart de ces foyers, qui paraissaient très virulents, menaçaient de fusionner et de faire tache d’huile.

Ressources humaines
BEKOLO EBE Bruno, Recteur de l’Université de Douala ;
Ndong Souhmet Benoit, Directeur général de l’ENAM
BETI ASSOMO Joseph, Préfet du Département du Mfoundi ;
AMBA SALA Patrice, Ancien Maire d’Ayos, Ministre des travaux publics ;
ABADA ASSOMO, Journaliste, MINTP ;