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Pourquoi le 15 août est-il férié dans la France laïque ?

vendredi 15 août 2014

FIGAROVOX/TRIBUNE - Remontant aux origines chrétiennes de la fête de l’Assomption, l’historien Louis Manaranche nous explique pourquoi une célébration à l’origine catholique s’est perpétuée dans la France laïque.

Le 15 août est une fête mariale. Les catholiques y célèbrent l’Assomption de la Vierge Marie, c’est-à-dire sa fin glorieuse qui échappe au sort commun de la mort naturelle. Préservée du péché originel, anticipant ainsi le salut offert à l’humanité entière par le sacrifice de son fils Jésus, la Vierge Marie quitte la vie terrestre sans connaître la corruption de la chair.

Il est heureux que chacun trouve son compte, à sa manière, dans ce qu’un héritage multiséculaire a légué comme réjouissance collective. Il serait néanmoins encore plus heureux que l’on se penche d’un peu plus près sur les causes de l’amplitude de cette célébration en France.

En France, ce jour est férié et il jouit d’une popularité remarquable. La figure de Marie attire les foules dans ses innombrables sanctuaires qui jalonnent le pays. On y priera cette année avec ferveur pour les chrétiens d’Irak. Elle permet aussi, par une grâce indirecte, à de nombreux Français à qui la date n’évoque pas grand chose, de profiter d’un pont au cœur de l’été. Il est heureux que chacun trouve son compte, à sa manière, dans ce qu’un héritage multiséculaire a légué comme réjouissance collective. Il serait néanmoins encore plus heureux que l’on se penche d’un peu plus près sur les causes de l’amplitude de cette célébration en France.

Si celle-ci est présente dans le calendrier depuis le VIe siècle, c’est sous le règne de Louis XIII qu’elle prend un relief particulier. Celui-ci, dans l’attente anxieuse d’un héritier, décide de consacrer la France à Marie, d’offrir à celle-ci le pays et ses habitants, le roi prenant d’une certaine manière l’humble posture d’un régent. Le vœu du roi ayant été exaucé, la fête de l’Assomption, Notre-Dame d’été, est devenue une fête nationale avant la lettre. Dans tout le pays, des processions dites du vœu de Louis XIII parcouraient les moindres paroisses reculées. Aujourd’hui encore, à Notre-Dame, la procession annuelle est conclue par la lecture solennelle, par un évêque, de ce vœu royal. La continuité qui marque, à l’exception des années révolutionnaires, la célébration du 15 août est ainsi devenue un des symboles de la continuité de l’histoire de France au-delà des changements de régimes et des évolutions de société. Un acte de foi qui date de près de quatre siècles a encore des conséquences jusque dans nos jours de repos légal, nous rappelant s’il en était besoin que nous ne nous sommes pas engendrés nous-mêmes mais que nous avons éclos sur un humus dont nous ne pouvons nous déraciner sans arrachement.

Néanmoins, le sens profane de cette fête ne s’arrête pas là. Il y a 377 ans, un roi, doté aux yeux de tous de la plénitude du pouvoir, a fait un geste d’humilité. Que l’on croie au ciel ou que l’on n’y croie pas, on perçoit la noblesse d’un homme d’État qui, ayant fait tout ce qui était possible, s’en remet à une providence. Celui dont le service est politique, qui agit en sorte d’offrir les conditions d’un avenir, renonce publiquement à l’illusion de la toute-puissance, reconnaissant que toutes les clefs de cet avenir ne sont pas en sa possession. Le God bless America qui ponctue les discours des présidents américains et qui fait ricaner les derniers voltairiens ne signifie pas autre chose. Naturellement, d’aucuns pourraient assimiler cette attitude à une résignation fataliste et l’on ne peut s’empêcher de penser que si certains hommes d’État actuels faisaient montre de plus de volonté de puissance, bien des problèmes auraient été atténués voire résolus.

Il n’empêche qu’il y a dans cet acte de confiance de Louis XIII une des conditions du service politique. Celui-ci n’occupe sa juste place que s’il fait tout ce qui est en son pouvoir, sans dérobade, pour améliorer le sort des hommes et des sociétés, leur permettant de continuer à former une nation. Pour autant, ses promesses et ses perspectives doivent demeurer dans une humilité qui préserve tant contre les utopies destructrices que contre la désillusion inévitable des citoyens déçus. L’état d’attente messianique que connaît la France tous les cinq ans lors des élections présidentielles et les cotes toujours plus basses de popularité des présidents quelques mois plus tard sont deux signes d’une seule et même perversion du sens du politique. Notre été français est pourtant rythmé par deux marqueurs qui devraient nous maintenir dans un sain équilibre : le 14 juillet ouvre tous les possibles par la geste révolutionnaire et le 15 août rappelle que tout n’est pas entre nos mains !

Louis Manaranche